La récession immobilière en Chine s'aggrave. Les prix de l'immobilier chutent sur le territoire chinois, provoquant un « effet de richesse inversé » qui freine la consommation. Parallèlement, les capitaux des riches Chinois affluent vers l'immobilier urbain japonais, leur procurant des avantages inattendus. Or, le Japon a récemment subi une forte baisse de ses cours boursiers fin juillet. Quel impact l'économie chinoise aura-t-elle sur le marché japonais des montres de luxe ? Le journaliste économique Tomoyuki Isoyama livre son analyse.
Illustration de Mikio Ando
[Article paru dans le numéro de septembre 2024 de Kronos Japan]
La crise immobilière chinoise ne montre aucun signe d'essoufflement. Un « effet de richesse négatif » frappe le marché horloger.
Journaliste économique et professeur à l'Université de commerce de Chiba. Né à Tokyo en 1962. Diplômé de l'École de sciences politiques et économiques de l'Université Waseda. Il a travaillé pour le groupe Nikkei Inc. en tant que journaliste spécialisé dans les valeurs mobilières, chef adjoint du même département, chef des bureaux de Zurich et de Francfort, ainsi que rédacteur en chef adjoint et membre du comité de rédaction de Nikkei Business. Il a quitté le groupe en 2011 pour devenir indépendant. Il couvre un large éventail de personnalités politiques, gouvernementales et économiques. Parmi ses ouvrages figurent « La guerre des normes comptables internationales : chapitre final » et « Les secrets de la Suisse, le royaume des marques » (tous deux publiés par Nikkei BP).
[Site officiel de Tomoyuki Isoyama]http://www.isoyamatomoyuki.com/
La crise du marché immobilier chinois semble sans fin. L'indice des prix des logements neufs pour le mois d'août, publié le 14 septembre 2024 par le Bureau national des statistiques de Chine, a enregistré une baisse par rapport au mois précédent dans 67 des 70 villes étudiées, et cette tendance ne montre aucun signe d'essoufflement. Reuters a calculé une baisse annuelle de 5.3 %, contre 4.9 % en juillet, soit la plus forte diminution depuis mai 2015. Il s'agit du 14e mois consécutif de baisse. Les prix des logements d'occasion ont également chuté dans 69 villes.
Les investissements cumulés dans le développement immobilier ont diminué de 10.2 % de janvier à août par rapport à la même période de l'année précédente. La surface de vente des logements a chuté de 18 % et les prix de vente de 23.6 %, en raison de la baisse des prix. Il y a un an seulement, sur la même période (janvier-août 2023), les investissements dans le développement immobilier avaient déjà reculé de 8.8 %, avec une baisse de 7.1 % de la surface de vente et de 3.2 % des prix. Ces chiffres montrent que la détérioration des investissements dans le développement immobilier se poursuit.
Les exportations de montres suisses vers la Chine chutent fortement.
L'ampleur de l'éclatement de la bulle immobilière chinoise reste incertaine. Le scandale de fraude comptable au sein du groupe Evergrande, important promoteur immobilier chinois désormais en faillite, se poursuit, et l'étendue réelle de la dette immobilière en Chine demeure floue. Cette situation inquiète la population quant à l'avenir de l'économie et affecte la consommation, les ménages réduisant leurs dépenses. La chute des prix des actifs, comme l'immobilier, incite les ménages à se serrer la ceinture, créant un « effet de richesse négatif ».
Les ventes au détail, indicateur des tendances de consommation, ont progressé de 2.1 % en août 2024 par rapport à l'année précédente, un ralentissement par rapport à la hausse de 2.7 % enregistrée en juillet. Ce ralentissement est manifeste dans les grandes villes, la croissance des zones urbaines n'atteignant que 1.8 %, un chiffre nettement inférieur aux 3.9 % de croissance observée dans les zones rurales. Les ventes au détail dans les métropoles de premier rang, telles que Pékin et Shenzhen, affichent des résultats particulièrement négatifs. Le poids de l'endettement, notamment des prêts immobiliers, semble peser sur la consommation des ménages, ces derniers réduisant leurs achats de produits de luxe : les ventes d'automobiles ont ainsi chuté de 7.3 % et celles de cosmétiques de 6.1 %.
Cet impact se fait également sentir dans le secteur de l'horlogerie de luxe. Selon les statistiques de la Fédération de l'industrie horlogère suisse (FH), les exportations de montres suisses vers la Chine continentale et Hong Kong continuent de chuter de manière significative. Pour le seul mois d'août, les exportations mondiales de montres suisses ont progressé de 6.9 % pour atteindre 1,95 milliard de francs suisses (environ 3298 milliards de yens). Parmi les 30 principales destinations d'exportation, seules quatre – la Chine, Hong Kong, la Thaïlande et l'Irlande – ont enregistré une baisse par rapport au même mois de l'année précédente.
En Chine, les ventes cumulées ont chuté de 21.1 % de janvier à août par rapport à la même période l'an dernier, tandis qu'à Hong Kong, la baisse a été significative, de l'ordre de 18.6 %. On estime que l'éclatement de la bulle immobilière chinoise a engendré un « effet de richesse négatif », se traduisant par une diminution des achats de montres de luxe parmi les Chinois les plus aisés.
« Fuite d'actifs » active vers le Japon
Un pays semble tirer profit des agissements de ces riches Chinois : le Japon. Face à l’incertitude qui plane sur l’avenir du marché immobilier chinois, les plus fortunés transfèrent de plus en plus leurs actifs à l’étranger. Plus précisément, leurs capitaux continuent d’affluer vers les appartements de luxe en bordure de la baie de Tokyo et les résidences haut de gamme du centre-ville. Si ces biens immobiliers ne sont plus abordables pour les Japonais, en raison de la faiblesse du yen, ils restent attractifs pour les Chinois. Par ailleurs, la stabilité politique et d’autres facteurs contribuent à minimiser les risques géopolitiques, ce qui a engendré un important mouvement de « fuite des capitaux » vers le Japon.
Au Japon, les cours boursiers ont chuté brutalement après la hausse des taux d'intérêt décidée par la Banque du Japon fin juillet, avant de se redresser rapidement. On craignait que cette forte baisse n'entraîne un « effet de richesse négatif » chez les consommateurs japonais, les incitant à réduire leurs dépenses en produits de luxe. Cependant, les ventes de bijoux de luxe dans les grands magasins n'ont pas semblé diminuer significativement en août.
Les statistiques de la Fédération de l'industrie horlogère suisse (FH) montrent que les exportations de montres suisses vers le Japon ont progressé de 14.4 % en août, témoignant d'une forte demande pour les montres de luxe. Cette hausse s'explique notamment par le fait que les Chinois fortunés séjournant au Japon y dépensent leur argent en produits de luxe, tandis que les dépenses touristiques des visiteurs étrangers restent soutenues. Le nombre de touristes étrangers visitant le Japon, qui a atteint un record mensuel de 329 millions en juillet, a de nouveau culminé à 293 millions en août, sans aucun signe de ralentissement. Dans l'immédiat, les ventes de montres de luxe au Japon devraient donc se maintenir.



