Après le succès fulgurant des montres de sport de luxe, devenues un standard, les montres habillées s'imposent comme une nouvelle tendance. Ce genre classique, autrefois réputé difficile à porter, a considérablement évolué pour gagner en praticité. Nous avons exploré cette nouvelle ère des montres habillées dans le numéro de janvier 2024 (Vol. 110) de Chronos Japan. Cet article est désormais disponible sur webChronos. À partir de ce numéro, nous étudierons ce genre à travers des modèles spécifiques. Le premier est la Calatrava de Patek Philippe.
Photographies d'Eiichi Okuyama
Masamasa Hirota (ce magazine) : Interview et rédaction
Texte de Masayuki Hirota (Chronos-Japon)
Edité par Tomoshige Kase, Yukiya Suzuki (Chronos-Japon), Yuto Hosoda (Chronos-Japon)
[Article paru dans le numéro de septembre 2024 de Kronos Japan]
Étude de cas : Patek Philippe

Elle est équipée d'un mouvement à remontage manuel avec petite seconde, une rareté de nos jours. Le boîtier, d'un diamètre de 39 mm, est plus imposant, mais la position de la petite seconde est judicieuse. Le bracelet, large par rapport à la taille du boîtier, et les cornes incurvées vers le bas lui confèrent une signature Calatrava. Mouvement à remontage manuel (Cal. 30-255 PS). 27 rubis. 2 8800 alternances par heure. Réserve de marche d'environ 65 heures. Boîtier en or jaune 18 carats (diamètre 39 mm, épaisseur 8.08 mm). Étanche à 3 bar.
La Patek Philippe Calatrava 6119, lancée en 2021, incarne la vision de la marque quant à l'avenir des montres habillées. L'alliance d'un boîtier fin à remontage manuel et d'une petite seconde caractérise le design classique de la montre habillée. Cependant, un examen plus attentif des détails révèle la vision de Patek Philippe d'une nouvelle ère pour les montres habillées.
Patek Philippe « Calatrava 6119 »
La Calatrava (1932), avec ses cornes intégrées au boîtier, fut un chef-d'œuvre qui transcenda les frontières de la montre habillée et perfectionna le design des montres-bracelets. En réaction, d'autres manufactures cherchèrent à se distinguer de la Calatrava, en concevant des cornes et des boîtiers aux designs novateurs. La Calatrava 6119 de 2021 est un exemple remarquable de cette Calatrava « classique ». On peut la considérer comme une descendante directe de la Calatrava, combinant la 3919, sortie en 1985, sa successeure, la 5119, et la 5196, héritière de la '96 de 32. La lunette ornée du motif Clous de Paris s'inspire de la première, tandis que les cornes et les index bâtons intégrés au boîtier s'inspirent de la seconde.
Ce modèle n'est pas équipé d'un mouvement automatique, mais du calibre 30-255 PS à remontage manuel. Ce dernier succède au calibre 215 PS qui animait les modèles 5119 et 5196. Patek Philippe a d'ailleurs utilisé le 215 PS comme calibre de base à remontage manuel pendant de nombreuses années. Bien qu'il demeure un chef-d'œuvre, son diamètre de 21.9 mm ne s'accorde pas avec le boîtier plus imposant. La manufacture a tenté diverses solutions pour améliorer l'esthétique de la petite seconde, désormais plus proche du centre du cadran, comme l'intégration d'un index en forme de croix, mais le résultat n'est guère convaincant.

À l'inverse, Patek Philippe a équipé la nouvelle 6119 du calibre 30-255 PS, une conception inédite. Son épaisseur reste identique à celle du 215 PS (2.55 mm). Cependant, son diamètre a été porté à 31 mm, ce qui accroît significativement la réserve de marche, la faisant passer d'environ 44 heures à environ 65 heures. Malgré la quasi-absence de demande pour les mouvements à remontage manuel, Patek Philippe a opté pour ce nouveau calibre, conçu pour les complications. Alors que les mouvements automatiques extra-plats sont aujourd'hui couramment utilisés comme base pour les montres compliquées, Patek Philippe a privilégié la finesse en choisissant un mouvement à remontage manuel sans rotor. De plus, le 30-255 PS offre des performances remarquables, inhabituelles pour un mouvement extra-plat à remontage manuel, et dispose d'une petite seconde parfaitement positionnée. Enfin, l'entretoise perlée a été supprimée, pour le plus grand plaisir des amateurs d'horlogerie. Le spiral est désormais en silicium. Sa haute résistance magnétique et aux chocs devrait considérablement améliorer sa praticité.

L'extérieur révèle la vision de Patek Philippe pour l'avenir des montres habillées. Le motif Clous de Paris de la lunette perpétue une tradition remontant à la 3919. Cependant, le rebord surélevé du verre a été atténué, tandis que ce dernier est désormais plus proéminent. Ceci contribue probablement à réduire l'épaisseur de la lunette et à affiner visuellement la carrure. Parallèlement, l'effilement des cornes a été réduit, conférant à la montre une silhouette plus rectiligne vue de face. Bien que le design lui-même soit typiquement Calatrava, la netteté des lignes, observée de face, marque une rupture avec les modèles précédents. Le cadran de la petite seconde orné d'une croix en son centre, le cadran gris anthracite à la texture marquée de la version en or blanc 18 carats, ainsi que les aiguilles des heures et des minutes dotées d'une surface supplémentaire, contribuent également à souligner cette volonté d'affirmer la rectitude des lignes.
De nombreuses montres habillées contemporaines recherchent à la fois la finesse et un effet tridimensionnel. Patek Philippe ne fait pas exception. Cependant, ce modèle se démarque de l'effet tridimensionnel parfois excessif que l'on retrouve sur des modèles comme la 5227. En revanche, la 6119, en privilégiant la rectitude des lignes, parvient à insuffler une modernité indéniable grâce à une approche différente de la tridimensionnalité. Un savoir-faire digne d'une maison de prestige.






