Dans ce nouvel épisode de « La Légende des Mouvements Chefs-d'œuvre », Masamasa Hirota, rédacteur en chef de Chronos Japan, sélectionne et présente des mouvements. Cette fois-ci, il s'intéresse au design exceptionnel du calibre Omega 321, seul mouvement à avoir jamais « marché sur la Lune ».

Le calibre 321 d'Omega est dérivé du calibre Lemania 27 CHRO C12. Doté d'un compteur 12 heures dans un format compact, il est le seul mouvement à avoir jamais foulé le sol lunaire. Il mesure 27 mm de diamètre et 6.7 mm d'épaisseur. Il possède 17 rubis, bat à 1 8000 alternances par heure et offre une réserve de marche d'environ 36 heures.
Texte de Masayuki Hirota (Chronos-Japon)
Article publié le 16 avril 2022
Le Cal. 321 était une montre compacte équipée d'un compteur 12 heures.
L'équipage d'Apollo 11, qui a atterri sur la Lune en 1969, portait des montres Omega Speedmaster, équipées du mouvement chronographe Calibre 321, dont la conception de base remonte à 1942.
À partir du milieu des années 30, les fabricants d'ébauches spécialisés dans les chronographes commencèrent à commercialiser une nouvelle génération de mouvements chronographes. Parmi eux figuraient Valjoux, Martell et Venus. Tous étaient dotés d'un grand compteur 12 heures à 6 heures. Les chronographes de montres-bracelets, qui ne pouvaient auparavant compter que 30 ou 45 minutes, devinrent capables de mesurer les heures à partir du milieu des années 30. Leur popularité était en partie due à l'essor de l'aviation et à la généralisation des vols long-courriers.
Ces mouvements, d'un diamètre imposant de plus de 13 lignes (30 mm), permettaient d'intégrer aisément un compteur 12 heures. Cependant, rares étaient les fabricants disposés à équiper ces grands mouvements de boîtiers étanches à vis. Les montres de plus de 40 mm de diamètre étaient peu répandues, même parmi les montres de collection.
Alors, était-il possible de créer un chronographe avec un compteur 12 heures dans un format compact ? C’est ainsi que naquit l’Omega 321 en 48. Son mouvement, d’un diamètre de 27 mm, intégrait un véritable compteur 12 heures à 6 heures.
L'ancêtre de ce mouvement est le Lemania 27 CHRO C12 de 1942. Il a été conçu par Albert Piguet, qui deviendra par la suite l'un des principaux designers de Lemania. À la demande d'Omega de « créer un mouvement de chronographe pouvant être logé dans un boîtier étanche », Piguet a créé un mouvement beaucoup plus petit que tous les mouvements de chronographe existants.

Deux raisons expliquent cette prouesse. La première réside dans la maîtrise de la technologie d'emboutissage. Lemania, étroitement liée à Omega, était réputée pour la fabrication d'excellents moules. Les pièces de chronographe, poinçonnées avec précision grâce à ces moules, offraient une grande exactitude, permettant ainsi aux chronographes Lemania de réduire considérablement le nombre de vis excentrées nécessaires au réglage. C'est également pourquoi la Lemania 27 CHRO C12 et son successeur, l'Omega 321, affichent une esthétique bien plus moderne que les modèles Valjoux ou Venus.
L'autre point concerne la conception extrêmement simple du compteur 12 heures. Les chronographes à compteur 12 heures des années 30 étaient dotés d'un mécanisme d'embrayage complexe côté cadran pour actionner le compteur. Ce système offrait un fonctionnement fluide aux compteurs 12 heures utilisés dans les chronographes de différents fabricants, mais il rendait également ces derniers plus volumineux, plus complexes (et plus chers).
Albert Piguet, quant à lui, a repensé le compteur 12 heures pour qu'il s'actionne directement depuis le barillet. Lorsque le chronographe n'est pas utilisé, un levier de frein empêche la rotation du compteur. Ce système, d'une simplicité presque brutale, visait sans doute à rendre le chronographe plus compact. Ce compteur 12 heures était extrêmement bien conçu, mais présentait un défaut : en cas d'usure du levier de frein, le compteur continuait de tourner même lorsque le chronographe était inactif. Ce défaut se retrouve sur la Lemania 27 CHRO C12 et son successeur, l'Omega 321, ainsi que sur l'ETA 7750, qui utilise le même mécanisme.
Quoi qu’il en soit, grâce à une certaine ingéniosité en matière de fabrication et de conception, Lemania est parvenu à intégrer le nouveau chronographe dans le petit diamètre souhaité par Omega, ce qui explique pourquoi Omega a pu commercialiser des modèles de chronographes plus petits et étanches depuis les années 1940.
La montre qui a le plus profité du calibre Omega 321 est la Speedmaster, lancée en 1957. Ce chronographe étanche était doté d'un petit mouvement et d'un boîtier antimagnétique. Omega visait initialement les pilotes professionnels. Afin de protéger le mouvement des chocs transmis par le volant, la bague de support était extrêmement large, tout en étant fixée au boîtier de manière superficielle. Si le diamètre du mouvement avait été de 30 mm au lieu de 27 mm, cette conception aurait été difficile à réaliser.

Le mouvement chronographe compact est logé dans un boîtier interne robuste et résistant aux chocs. Ce design avait davantage de sens pour les astronautes que pour les automobilistes. La Speedmaster équipée du calibre 321 a subi les tests rigoureux de la NASA et a eu l'honneur de fouler le sol lunaire.
La petite taille des mouvements chronographes Lemania et Omega, qui permettait leur intégration dans des boîtiers étanches, conférait aux montres une durabilité exceptionnelle. Comment l'histoire de l'horlogerie aurait-elle été différente si Albert Piguet avait conçu un mouvement plus imposant ? Une série de coïncidences a finalement fait de l'Omega 321 un chef-d'œuvre qui entrera dans la légende.

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