La 1815, lancée en 1995, était une montre « basique » conçue pour le grand public, et non pour les passionnés. Pourtant, elle constitue un exemple fascinant pour comprendre l'avenir d'A. Lange & Söhne et de l'horlogerie de luxe allemande. Au premier abord, la 1815 semble inchangée depuis ses débuts. En réalité, elle a considérablement évolué au cours des vingt dernières années.

Masamasa Hirota : Interview et texte Masato Yoshie : Photos
[Numéro de série 26 / Première publication dans le numéro de juillet 2015 de Chronos Japan]


1815 [Réf.206.032]
Le premier modèle standard doté d'un dos transparent

1815 [Réf. 206.032]
Lancée en 1995, cette montre est la première montre trois aiguilles épurée d'A. Lange & Söhne. Elle est équipée du calibre rond L941. Remontage manuel. 21 rubis. 21 600 alternances par heure. Réserve de marche d'environ 45 heures. Boîtier en or 18 carats (diamètre : 35.6 mm). Étanche à 30 mètres. Produit de référence. Collection A. Lange & Söhne.

 Günter Blümlein, artisan du renouveau d'A. Lange & Söhne, semble s'être inspiré de Patek Philippe pour relancer la marque. Décédé en 2000, il m'est impossible de le vérifier. Cependant, certains collaborateurs affirment qu'il cherchait à adopter une approche différente de celle de Patek Philippe.

 Ceci est illustré par les quatre modèles lancés en 1994 : la Lange 1, le Tourbillon « Pour le Mérite », la Saxonia et l’Arcade. Fait intéressant, aucun de ces modèles ne possède un mouvement rond à trois aiguilles classique, pourtant essentiel pour tout fabricant de montres. Peut-être Blümlein a-t-il délibérément abandonné le modèle de « montre classique » pour se démarquer.

 Il comprenait toutefois que la différenciation à elle seule ne suffirait pas à garantir un grand succès. En effet, dans une interview accordée en 97 au magazine Uhren Austria, Blümlein déclarait :

« La montre sophistiquée de banquier, avec sa petite seconde à 6 heures, a de l'avenir. »

 La montre de banquier sophistiquée qu'il décrivait était la « 1815 », lancée en 95. Elle était animée par le mouvement rond L941.1. De plus, le fond du boîtier fut enfin remplacé par un fond transparent (les premiers modèles avaient un fond plein), permettant ainsi à l'horloger d'admirer le superbe mouvement. Ce n'est qu'après cela qu'A. Lange & Söhne commença à exposer ses mouvements.

 Bien que cette montre à trois aiguilles et à remontage manuel n'ait pas attiré autant l'attention que la Lange 1 ou la Datograph, la 1815 allait devenir le pilier de A. Lange & Söhne et se développer en une collection majeure qui a soutenu la fondation de l'entreprise.

(En haut à gauche) Le cadran est une adaptation du « Tourbillon Pour le Mérite » de 1994. Il est en argent 925, inspiré des modèles précédents d'A. Lange & Söhne. Sa finition légèrement rugueuse était assez inhabituelle à l'époque. (En haut à droite) Les aiguilles sont en or 18 carats et platine, une exclusivité du boîtier en or PG (or blanc 18 carats pour le boîtier en or blanc). À l'inverse, les modèles en or jaune et en platine sont dotés d'aiguilles bleuies. Cependant, peut-être en raison d'une résistance insuffisante du siège de la selle ou d'une décoloration des aiguilles en or rose, le nouveau modèle 1815, sorti en 2009, est passé aux aiguilles bleuies de série. (Au centre) Côté du boîtier. Le boîtier cylindrique, avec ses flancs biseautés, est associé à des cornes carrées. Le boîtier de ce modèle aurait dû être poli après expédition, mais même s'il ne l'avait pas été, le polissage des boîtiers chez A. Lange & Söhne laissait à désirer à cette époque. (En bas) (À gauche) Le calibre rond L941.1 est visible à travers le fond transparent. D'après les croquis du designer Reinhard Meiss, la 1815 devait initialement avoir un fond transparent. Cependant, le premier lot produit en 1995 était doté d'un fond plein. La roue de couronne étant désormais positionnée assez en arrière du mouvement rectangulaire, suite à une modification de ce dernier, elle est particulièrement fine selon les standards actuels.